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05/08/2014

Quand Frédéric Lopez parle de la cuisine méditerranéenne

Frédéric Lopez a été élevé dans la région, dans l'Hérault. Pour le numéro de Midi Gourmand été 2014, l'animateur de télévision a accepté de répondre à nos questions sur son rapport à la cuisine, son goût de la région. Voici l'interview publiée dans notre numéro, toujours en kiosques :

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 « J’adore la mauvaise foi quand on cuisine »

 

Frédéric Lopez a grandi dans la région, de Palavas à Lunel en passant par Aigues-Mortes. Ses parents habitent encore à Agde. Dans “Rendez-vous en terre inconnue” et “La parenthèse inattendue”, les émissions de l’animateur sur France 2, la nourriture et la cuisine ont leur place. Rencontre avec celui qui cherche une résidence secondaire en Cévennes.

 

Propos recueillis par Arnaud Boucomont  - Photos : Adénium TV France / JM Turpin

 

 Vous disiez à une époque que vous vouliez “garder le goût du travail”. Quel rapport, justement, entretenez-vous avec les goûts ?
J’ai appris depuis trois ou quatre ans à savourer l’existence, ce que je ne faisais pas avant. J’étais toujours en train de courir, toujours tendu vers quelque chose, toujours dans l’action. Un ami m’a dit il y a quelques années que je pouvais arriver à être, sans faire.

 

 

Est-ce que ces moments-là vous ont permis de vous reconnecter avec le plaisir du goût ?
Pour être honnête, ça ne m’a jamais quitté. Ma mère cuisinait très bien et puis ensuite j’ai été marié pendant quinze ans. Et la mère de mon fils n’était pas une épicurienne. A l’époque, on avait 20 ans, ça n’était pas son truc. Et moi j’étais dans l’action. Donc, on a mangé pendant quinze ans comme des étudiants. Dans “La parenthèse inattendue”, on voit comment les invités stressent pour le repas. Ils sont plus concentrés sur ce qu’ils font que sur ce qu’ils disent, alors que ce qu’ils disent va être écouté par plein de gens.

 

 

 

Ils sont dans l’instant présent...
Oui, c’est fascinant. On y met l’intention de faire plaisir. Je ne fais rien. On ne peut pas cuisiner en posant des questions. Je ne fais qu’éplucher les légumes. Mais je les observe. C’est assez marrant. Patrick Timsit avait demandé une recette à un pote, il a fait des quenelles. Ils prennent ça très au sérieux. Je me sens bien dans beaucoup d’endroits sur terre, mais cette tradition française de la cuisine, je trouve ça super... Parce que c’est dans l’émotion. J’ai eu aussi des grands chefs dans “La parenthèse inattendue”. J’adore les voir faire avec quelques ingrédients qui n’ont l’air de rien. Tout ça me donne envie de cuisiner.

 

 

C’est pour trouver le temps de cuisiner que vous avez arrêté France Inter ? J’ai arrêté la radio pour prendre plus de temps pour vivre. Ça voulait dire apprendre la musique, apprendre à cuisiner, à jardiner, à bricoler. Je ne sais rien faire ! C’est une phrase de Confucius qui m’a aidé à expliquer ma décision : “On a deux vies, la seconde est là le jour où on vérifie qu’on n’en a qu’une”. La cuisine fait partie de ce que je n’ai pas eu le temps de faire jusqu’à présent. Un ami vient de m’apprendre à faire du pain. Je ne peux pas vous dire comme ça m’a rendu heureux. De la farine, de l’eau, de la levure et du sel : et à la clé une sensation incroyable. Je vois bien que je m’en vantais quand j’en parlais autour de moi.

 

Le plaisir autour de la table, autour de la cuisine c’est quelque chose que vous cultivez au-delà de vos émissions ?
Cuisiner ensemble, très honnêtement, ce n’est pas quelque chose que je faisais dans la vraie vie. Mais c’est un truc assez chouette. C’est un peu enfantin. J’adore la mauvaise foi quand on cuisine : quand quelqu’un dit qu’il manque un ingrédient pour que ce soit bon. Ça dit l’importance qu’ils accordent à ce qu’ils sont en train de faire. Pour la première émission, le comédien François-Xavier Demaison avait prévu une recette. Adriana Karembeu a dit “on pourrait rajouter des petites carottes”. Et je vois la tête de Demaison, juste contrarié parce qu’on est en train de transformer sa recette. Adriana ne le voit pas. Moi, oui. Et elle insiste : “on pourrait rajouter des petits oignons aussi”. Et lui, qui est très gentil, dit juste que ce ne sera plus du tout la recette qu’il avait prévu. La politesse qu’il y mettait et le fait qu’il était à cheval là-dessus, je trouvais ça très drôle. Mon stress, c’est quand je cuisine à côté de quelqu’un qui sait cuisiner. Il y a deux types de personnes : ceux qui vous laissent faire la recette et ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de dire “tu devrais rajouter de la cannelle” ou “tu vois, si tu rajoutes des pignons, ça va être très sympa”. C’est horrible. Dans ces cas-là, je réponds “laisse-moi me planter”.

 

 

Quels plats de  “La parenthèse inattendue” vous reviennent en mémoire ?
Je me rappelle du chef Jean-François Piège, qui avait fait une sorte de fricassée. Ça a l’air fastoche. Je vais vous raconter les coulisses. Devant la caméra, il fait la recette : morilles, écrevisses, asperges vertes, une sorte de poêlée comme ça. Hors caméra, je lui dis “dis donc, il y avait un petit jus de truffe là !”. Il me répond “ca, c’est le secret !”. Donc, j’ai compris que je ne pourrais pas le faire chez moi.

 

 

Vous n’êtes donc pas un pro de la cuisine, comme Patrick Timsit qui avoue ne savoir faire que des pâtes...
On est tous les deux au même niveau, mais lui il croit qu’il est nul alors que moi je crois que je ne suis pas mauvais. Je ne cuisine pas souvent, même si j’adore le faire. Je fais des tas de bêtises dès que j’essaie de sortir de la recette. Patrick Timsit m’avait invité chez lui, près d’Uzès, et il y avait deux grands chefs. Il est très fort : à peine le premier a fait à manger à midi, qu’il lance un défi au second pour le repas du soir. Il est très malin.

 

 Que vous reste-t-il des souvenirs culinaires de votre adolescence, dans l’Hérault ?
Il y a quelque chose que je n’ai jamais mangé ailleurs dans le monde, ce sont les tellines. J’en parle partout et personne ne sait de quoi je parle. Je suis fou, aussi, de légumes farcis. C’est la recette de ma mère. Le problème, c’est que lorsque je vais dans un restaurant, même si c’est le plus grand chef du monde, il ne fait pas la recette de ma mère ! Après, j’ai du mal à identifier des produits vraiment languedociens... J’ai souvent l’habitude de dire que je n’ai pas de racines. Je me sens de nulle part, mais je me sens bien partout.

 

Vous expliquez vouloir vous installer en Cévennes... Vous avez les châtaignes, le pélardon. Et si vous allez vers le Larzac, vous avez le roquefort. Vous êtes fromage ? Ça vous parle ?
Pas tant que ça. Quand il y en a, oui. Mais en bon citadin, un peu sédentaire, je dois faire attention. Quand on passe à la télé, on explique que ça grossit de quatre kilos. Du coup, j’ai arrêté de manger du fromage ! Les châtaignes, j’adore ! La crème de marron, les châtaignes grillées à la poêle trouée...

 

Le bio, ça vous interpelle ?
Je suis attiré naturellement vers le bio, mais je suis assez choqué de voir qu’il n’est pas accessible à tous. J’ai parmi mes gourous Pierre Rabhi. Je ne l’ai jamais rencontré, mais ce qu’il raconte me touche beaucoup. Ça rejoint ce que je vis dans “Rendez-vous en terre inconnue”. Dans ses livres, il explique qu’il a vu l’apparition de ce qu’on appelle le progrès en agriculture. Il a vu arriver cette folie.